| Le regommage est une falsification |
| Un article de Roger Grimberg |
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J'avais déjà évoqué le problème dans mon éditorial du dernier numéro de notre bulletin en
réaction à l'inconvenante initiative du catalogue Dallay qui, sans crier gare, fait figurer deux
cotes variantes sur les timbres neufs regommés dans son catalogue 2003 /2004 paru en juillet
de l'année dernière.
Je les rappelle : 1ère cote : Le timbre neuf dont la gomme d'origine a été «retravaillée» (admirez le terme pudique et un rien innocent) que l'on peut traduire par « regommage à l'endroit de la trace de charnière ». La cote est celle de la deuxième colonne, c'est à dire identique à la cote du timbre avec trace de charnière (et non la cote oblitérée comme écrit par erreur). 2ème cote : Le timbre neuf dont le verso est regommé entièrement (gomme non d'origine) la cote est toujours celle de la deuxième colonne mais moins 30%. Ainsi le timbre regommé entrerait par la grande porte dans un catalogue par ailleurs très bien conçu. Tout d'abord quelques réflexions sur les timbres sans trace de charnière et les timbres avec trace. Au début de la philatélie, et même bien avant que le mot existe, les collectionneurs de timbres neufs collectaient tous les timbres possibles pour les classer dans des albums avec l'aide d'une charnière collée au dos du timbre. Cette fixation, pas toujours de bonne qualité, était faite plus ou moins correctement parfois avec l'aide d'un épais papier collant. Dans ma carrière de philatéliste j'ai connu des timbres neufs avec deux à trois charnières superposées. Ils commençaient, de ce fait, à être assez fatigués. La charnière, c'était la règle, aussi lorsque je trouvais à échanger un timbre « avec » contre un timbre « sans », j'avais la nette impression d'avoir une valeur plus importante. C'est pour cela que, très tôt dans ma collection, j'ai répugné à coller des timbres neufs « sans » sur mon album. Je m'étais confectionné une sorte de pochette Hawid avant la lettre très rudimentaire avec du papier cellophane. Je me rappelle très bien que dans les années 1940 /1950 on payait déjà un peu plus cher le timbre sans charnière. De ce fait, il est tout à fait normal que les timbres neufs sans charnière de la période classique et semi-modeme (ceux que l'on appelle fraîcheur postale) soient beaucoup plus rares à trouver sur le marché. Cela ne veut pas dire pour autant que le timbre avec trace de charnière est «frappée d'infamie ».. « que c'est une horreur et un sacrilège ».. « que le timbre avec charnière est dévalué ».. « que le timbre avec charnière est relégué dans un rang inférieur de la cote » etc. Tous ces qualificatifs, et bien d'autres, je les ai lus dans certains articles de quasiment toutes les revues philatéliques. Très tôt donc, vu que les timbres anciens avec gomme intacte étaient nettement plus rares, certains négociants et les éditeurs de catalogues ont lancé un prix et une cote avec plus value pour cette qualité de timbres. Ils n'avaient pas tort, car dans l'ensemble les collectionneurs ont suivi. Mais de grâce, cela ne dévalue en aucune façon le timbre avec charnière. Prenons quelques exemples : n°156 (Croix Rouge et Infirmière) cote avec trace 1980 : 500 fr. cote avec trace 2004 : 918 fr. (140 euros) plus value : 84 % n°170/181 (Série Pasteur) cote avec trace 1980 : 250 fr. cote avec trace 2004 : 623 fr. (95 euros) plus value : 149 % n°354/355 (Samothrace) cote avec trace 1980 : 800 fr. cote avec trace 2004 : 1102 fr.(168 euros) plus value : 38 % On ne peut tout de même pas dire que le timbre avec trace a une cote dévalorisée ! S'ils se vendent moins c'est parce que le collectionneur s'habitue à la qualité que leur font miroiter les revendeurs. Moi, le premier dans mon album, j'ai des bonnes valeurs avec charnière parce que trop chers sans. Je ne dénigre en aucune façon ces timbres mais je les mets tout simplement à leur place. D'ailleurs, et certains journalistes le disent avec moi, le marché influançant le catalogue on donne, pour le sans charnière, une plus value au timbre avec charnière, ce qui est tout à fait différent que d'indiquer une moins value à appliquer au timbre avec charnière. Il y a en effet un écart important entre le timbre sans charnière et le timbre avec». Prenons deux exemples: a^ n°148/155 (Orphelins de guerre) Sans ch. : 6650 euros (Yvert 2004) Avec ch. : 2850 euros (Yvert 2004) différence : 3800 euros soit + 133 % n°183/186 (Jeux Olympique) Sans ch. : 130 euros (Yvert 2004) Avec : 43 euros ( Yvert 2004) différence : 87 euros soit + 202 % Pour les valeurs plus faibles, dans l'ensemble l'écart est bien sûr moins important mais il atteint quand même des plus values de l'ordre de 40 à 60 %. Les faussaires ne s'y sont pas trompés et ont tout de suite vu, qu'en supprimant la trace de charnière au dos du timbre ils pouvaient le proposer au prix fort. Le regommage d'un timbre n'est pas fait dans un but quelconque d'amélioration de la philatélie, mais bien pour tromper le philatéliste et vendre la valeur falsifiée au plus haut prix. Il se trouve qu'à notre époque, dans tous les catalogues et même dans les listes de prix courants, pour les timbres neufs il y a deux colonnes de cotes. C'est passé dans les mœurs et que l'on soit pour ou contre il y a deux colonnes, le sans charnière et le avec. Les deux cotations existent, c'est comme ça, il faut donc accepter ces deux valeurs parallèles. C'est donc une malhonnêteté de trafiquer le timbre de la deuxième colonne pour le faire apparaître dans la première afin qu'il cote une somme confortable. C'est altérer volontairement le timbre dans le dessein de tromper le collectionneur, c'est une escroquerie manifeste. Aussi le Dallay ne se rend certainement pas compte du mauvais service qu'il rend à la philatélie. Il officialise en quelque sorte le maquillage du timbre. Le regommage, plaie de la philatélie, obtiendrait donc ses lettres de noblesse en entrant dans des cotations (malgré qu'elles soient revues à la baisse) à cause de la légèreté d'un catalogue que j'estime pourtant beaucoup par ailleurs. Certes, même si on lui fait une petite « toilette » à son verso à l'endroit de la charnière, le timbre regommé n'est pas un faux, mais c'est une valeur truquée, falsifiée, contrefaite qui n'a rien à faire au milieu d'un catalogue de timbres authentiques car, si on admet cela, c'est la porte ouverte à tous les abus et à tous les trucages. On peut déjà vérifier soi-même si le timbre est regommé. Ce n'est certes pas suffisant pour être sûr à 100 % mais cela vous donne déjà quelques garanties : 1 - Vous pouvez déjà examiner la gomme (le verso) en lumière rasante. Si le regommage est fait uniquement à l'endroit de la charnière, vous apercevez assez nettement lé changement de brillance. Mieux, si vous avez la possibilité de placer le timbre sous une lampe U.V. vous vous apercevrez que la gomme n'est pas uniforme. 2 - En passant le bout de l'index et du pouce sur les dents du timbre regommé, vous sentez une certaine rigidité et également l'absence de filaments de papier qui dépassent toujours un peu du bout des dents sur les timbres authentiques. 3 - Pour beaucoup de timbres semi-modemes et ceux dont l'impression est typographique il y a le fameux foulage au verso qui se voit nettement (le foulage est le dessin du recto reproduit en creux dans ses grandes lignes sur la gomme du verso). Bien sûr, je le répète, ces petites vérifications ne sont pas infaillibles car parmi les regommeurs il y a des artistes, mais déjà vous déblayez le terrain et si vous avez des doutes pour des fortes valeurs vous pouvez avoir recours à un expert. Pour en revenir à la cotation des regommés sur le Dallay, je sais qu'il y a eu plusieurs levées de boucliers parmi les collectionneurs et les négociants et j'espère que les rédacteurs de ce catalogue supprimeront ces cotations dans leur édition 2005, car pour moi un catalogue ne doit coter que l'authenticité, c'est la garantie d'une collection philatélique inattaquable. |